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L'Express
du 15/11/2004
Carrière
Prêt pour un nouveau job?
par Marie Cousin
Bien connaître ses compétences et l'état du marché, organiser sa recherche, saisir les opportunités, telles sont les clefs d'une mobilité réussie
Station du RER Auber, à Paris, début octobre. Hommes et femmes
se bousculent dans les couloirs. Un dernier portillon franchi avec leur titre
de transport et les voici face au Salon des 10 000 emplois. Les premiers candidats
sont arrivés dès l'ouverture, à 9 h 30. Philippe, lui,
a dû attendre sa pause déjeuner. En jean et chemise blanche fraîchement
repassée, il a pris place dans la file devant le stand d'un cabinet
de recrutement. «Travailler et chercher un nouveau job en même
temps n'est pas toujours évident», raconte- t-il, en attendant
son tour. «Ce midi, je me contente d'un sandwich et, dès que
je rentre chez moi, je me jette sur mon ordinateur, pour surfer sur les sites
de recrutement.»
Chef de rayon dans un hypermarché depuis un an, Philippe, 33 ans, ne
supporte plus l'ambiance. «Et puis, je ne pourrai pas progresser en
restant dans cette entreprise», ajoute-t-il. Motivée pour changer
de job, Amélie, 28 ans, l'est aussi. Après cinq années
dans la même boîte, cette jeune responsable marketing s'est décidée
à changer d'air. «J'ai appris beaucoup, reconnaît-elle,
mais j'ai envie d'avoir un meilleur salaire et de travailler dans une structure
plus importante, qui m'offre de vraies perspectives.»
La mobilité serait-elle la clef du succès? «On ne devrait
pas attendre d'être obligé de partir pour chercher un autre job,
explique Bernard Rousselet, consultant chez Monceau Carrières. Il est
plus facile de se vendre lorsqu'on est en poste. Et changer régulièrement
de poste permet de rester en phase avec les attentes des recruteurs.»
Un cercle vertueux que confirme une récente enquête de l'Association
pour l'emploi des cadres (Apec), en juin 2004. Changer de fonction, en interne
comme en externe, s'accompagne d'une série d'avantages: les promotions
s'enchaînent, le niveau de responsabilité s'accroît, tout
comme le salaire, et l'accès à la formation continue est facilité.
Cela semble presque trop beau. Car c'est sans compter avec la mauvaise conjoncture
économique, qui rend le passage à l'acte difficile et risqué.
Résultat: d'après l'Apec, plus de la moitié des cadres
actifs travaillent dans la même entreprise depuis dix ans. En 2003,
8 sur 10 n'ont connu aucun changement dans leur vie professionnelle. Mais
il existe également un effet générationnel pour expliquer
cette crise d'immobilisme aigu. Les jeunes de moins de 35 ans, les plus diplômés,
ont plus la bougeotte que leurs aînés. Commentaire de Jean-Louis
Walter, président de l'Apec: «Les cadres français n'ont
pas encore intégré la mobilité comme un élément
déterminant de leur évolution professionnelle.»
«Une mobilité régulière est nécessaire pour évoluer»
Diplômé d'une grande école de commerce et conseiller financier dans une banque d'affaires depuis cinq ans, Simon, 30 ans, vient, lui, de tenter sa chance. «Dans ma profession, une mobilité régulière est nécessaire pour acquérir de l'expérience et évoluer, raconte-t-il. Cinq années dans une même entreprise me semblent être un cycle cohérent.» Pari gagné: en cinq mois, il a été recruté par une entreprise plus prestigieuse, qui a... doublé son salaire.
Il ne suffit pas de vouloir changer de job, encore faut-il s'en donner les
moyens. Cela implique notamment de faire le point sur ses compétences:
«Les candidats au changement de poste ne savent pas valoriser l'expérience
acquise au cours de leur vie professionnelle», souligne Philippe Guittet,
consultant et fondateur du cabinet de conseil en recherche d'emplois PG Conseil.
Savoir ce que l'on veut faire, connaître ses capacités, se renseigner
sur l'état du marché: la mobilité demande une certaine
préparation. Amélie, la jeune responsable marketing, a, par
exemple, décidé de reprendre une formation à ses frais:
elle achève un DESS de marketing, en cours du soir, dans une grande
école de commerce parisienne. D'autres font appel à des cabinets
spécialisés pour des bilans de carrière.
Saisir les opportunités: telle est souvent la clef d'une mobilité
réussie. A 32 ans, Arnaud, conseiller en fusions-acquisitions, a profité
d'un plan de départs volontaires pour se lancer. Il cherche à
racheter une PME en province. «J'ai sauté sur l'occasion, analyse-t-il.
C'était surtout le bon moment pour déménager, car mes
deux enfants ne sont pas encore scolarisés.»
Mais comment chercher un nouveau job tout en travaillant? A peu près
de la même manière que lorsqu'on est au chômage! Fréquenter
les Salons professionnels, soigner son CV, lire la presse et surtout activer
son réseau. En 2003, d'après les chiffres de l'Apec, 43% des
cadres ont changé d'entreprise grâce à leurs relations
personnelles, 12% en feuilletant les petites annonces des journaux, 15% en
déposant leur candidature en ligne, 6% en misant sur une candidature
spontanée et 5% en passant par un cabinet de recrutement. «Lorsque
j'ai pensé sérieusement à changer de job, se souvient
Simon, j'en ai parlé autour de moi. Le bouche-à-oreille a fonctionné.
Cela m'a permis d'être dans le bon timing et d'avoir quelques informations
sur mes recruteurs. Un atout de poids lors de mon entretien d'embauche.»
En résumé, changer de boulot peut être un véritable
accélérateur de carrière, à condition d'avoir
sérieusement pris le temps de la réflexion et de la préparation.
Ce qui, en soi, est déjà un job à part entière.